25 Août 1914.

Dans le Nord, les partis de cavalerie signalés hier vers Lille, Roubaix, Tourcoing  se sont portés dans la région de Douai; ils ne peuvent plus avancer sans s'exposer à être écrasés.

A l'ouest de la Meuse, les troupes franco-anglaises ont gagné en combattant leurs nouveaux emplacements sur le front Chimay-Givet. Elles ont réussi à arrêter nettement l'offensive allemande.

En Lorraine, les troupes de Nancy et celles placées au sud de Lunéville ont pris une offensive qui a réussi; la bataille continue.

A l'est de la Meuse, nos troupes tiennent les débouchés de l'Ardenne. A l'est de ce massif, nous avons pris une offensive couronnée de succès. Du côté de Virton, en particulier, le 6° Corps d'Armée a fait subir à l'ennemi des pertes considérables.

En Haute-Alsace, le général en chef a fait évacuer le pays occupé, après avoir adressé aux populations la proclamation suivante :

La grande bataille est engagée entre Maubeuge et le Donon. C'est d'elle que dépend le sort de la France et de l'Alsace avec elle. C'est au Nord que se joue la partie; c'est là que le général en chef appelle pour l'attaque décisive toutes les forces de la nation. L'action militaire entreprise dans la vallée du Rhin en distrairait des troupes dont dépend peut-être la victoire. Il leur faut donc quitter momentanément l'Alsace pour lui assurer la délivrance définitive, quel que soit leur chagrin de n'avoir pu la soustraire déjà à la barbarie allemande. C'est une cruelle nécessité que l'armée d'Alsace et son chef ont eu peine à subir et à laquelle ils ne se sont soumls qu'à la dernière extrémité.

26 Août 1914.

Dans le Nord, les Allemands semblent reprendre l'offensive qui avait été arrêtée hier; ils sont contenus par nos armées en liaison avec les troupes anglaises.

En Lorraine, après les contre-attaques de la journée d'hier, la droite de nos forces s'est repliée sur la Mortagne qui prolonge exactement le cours de la Meurthe de Lunéville à Nancy.

En Alsace, nos troupes ont repoussé plusieurs contre-attaques allemandes dirigées sur Colmar. Le bruit qui avait couru de la reprise de Mulhouse par les Allemands est encore à cette heure dénuée de fondement. Le théâtre d'opération d'Alsace devient d'ailleurs secondaire.

27 Août 1914.

Dans le Nord, nos armées ont maintenu leurs positions. Les troupes belges de la défense mobile de Namur les ont rejointes après de brillants engagements.

Sur la Meuse, nos troupes ont repoussé avec une extrême vigueur plusieurs attaques allemandes. Elles ont pris un drapeau et fait prisonnier un colonel. Longwy, bombardé depuis le 3 août, ne s'est rendu qu'aujourd'hui. Sa défense été d'autant plus brillante que sa fortification était très vieille et ne comportait qu'une simple enceinte qui a été effondrée au cours de ce bombardement de vingt-quatre jours. Plus de la moitié de l'effectif était hors de combat. Son chef, le lieutenant-colonel Darche, a été nommé Officier de la Légion d'Honneur.

30 Août 1914

En Lorraine. La progression s'est accentuée. Les Français sont maîtres de la ligne la Mortagne et la droite avance.

Meuse : Rien à signaler sur le front. Une violente action a eu lieu le 29 août dans la région de Launoy-Signy-L'Abbaye-Novion-Porcien. L'attaque doit reprendre demain.

31 Août 1914.

Vosges et Lorraine. Dès le début des opérations, nos forces avaient repoussé l'ennemi au-delà de nos frontières mais ont ensuite subi des échecs sérieux devant Sarrebourg et dans la région de Morhange où elles se sont heurtées à des organisations défensives très solides. Ces forces ont dû se reconstituer, les unes sur le Grand-Couronné de Nancy, les autres dans les Vosges françaises. C'est une véritable guerre de siège qui se livre dans cette région, toute position occupée est immédiatement organisée de part et d'autre, c'est ce qui explique la lenteur des avances qui n'en est pas moins caractérisée chaque jour par de nouveau succès locaux.

Région de Nancy et Woëvre méridionale. Depuis le début fade la campagne, cette région comprise entre la place de Metz, côté allemand, et les places de Toul et de Verdun, côté français, n'a été le théâtre d'aucune opération importante.

Direction de la Meuse entre Verdun et Mézières. Les troupes opérant dans la région de Spincourt et Longuyon ont fait éprouver un échec à l'ennemi (Armée du prince royal). Dans les régions de Neufchâteau et et Paliseul, au contraire, certaines de nos troupes ont subi des échecs partiels qui les ont contraintes à s'appuyer sur la Meuse sans toutefois être entamées dans leur ensemble. Cependant, des forces nouvelles allemandes se sont avancées par la région de Rocroy marchant dans la direction de Rethel.

Opérations dans le Nord. Une bataille générale a été engagée le 29 août dans la région de Saint Quentin et de Vervins, en même temps que dans la région de Ham-Péronne; cette bataille a été marquée pour nous par un succès important sur notre droite où nous avons rejeté la garde prussienne et le X° Corps dans l'Oise.

Nulle part encore nos armées, malgré quelques échecs incontestables, n'ont été réellement entamées.L'état moral de la troupe reste excellent, malgré les pertes considérables subies, qui ont été immédiatement compensées par les envois des dépôts.

Source : Bulletin des Armées de la République.