A Propos De L'artillerie En Champagne En 1915

Les derniers combats en Champagne ont à nouveau montré clairement l'effet de l'artillerie. Il convient donc d'examiner de plus près, en comparaison avec les temps passés, les forces gigantesques qui se manifestent lors de tels combats d'artillerie actuels.En 1870/71, l'artillerie allemande n'a jamais tiré plus de 200 coups par canon au cours d'une bataille. Lors de la guerre russo-japonaise, la consommation a en moyenne doublé.Pendant toute la guerre de 1870/71, l'artillerie allemande aurait tiré environ 817 000 obus. La consommation de munitions dans la guerre actuelle a par contre énormément augmenté. Lors de l'avancée des Allemands en Galicie, environ 70 000 obus ont été consommés, pour l'acquisition desquels 1000 wagons de chemin de fer ont été nécessaires. Le 17 juillet, notre artillerie a tiré 300 000 obus en 24 heures au nord d'Arras, c'est presque autant que l'artillerie de campagne allemande pendant toute la guerre de 1870/71 (338.000 obus d'artillerie de campagne). Le poids de ces 300000 obus peut être estimé à 4500000 kg.

Pour les acheminer sur le front, il a fallu 400 chariots à 6 chevaux. Ces chiffres, déjà considérables, sont encore dépassés d'une manière significative par le tir de barrage qui a déclenché la dernière offensive en Champagne. Ce tir  a duré sans interruption du 22 septembre à 7 heures du matin au 25 septembre à 10 heures du matin. On estime qu'en moyenne, sur un espace de 100 m de large et 1 km de profondeur, les Français ont lancé au moins un obus par seconde. Cela représente 3600 obus à l'heure, ou, pour un front d'attaque de 25 km à l'heure, 900 000 obus, soit plus que pendant toute la guerre de 1870/71. Le nombre total de coups tirés par les Français pendant les 70 heures de préparation de l'offensive a donc été estimé à environ 50 millions.


On peut donc facilement estimer l'ampleur des travaux préparatoires des Français pour cette offensive, car il a fallu des milliers de voitures et des semaines d'efforts pour acheminer ces munitions. Et malgré cette énorme consommation, un nouveau pilonnage d'environ 43 heures a pu commencer sur nos tranchées du 4 au 6 octobre.La force avec laquelle les projectiles sont expulsés des tubes a considérablement augmenté suite à la création de nouveaux types de poudre, ce qui a permis l'introduction de calibres toujours plus grands. L'efficacité des projectiles est devenue étonnante. Ainsi, un projectile de 10,5 cm transperce une plaque de blindage de 30 cm d'épaisseur en acier le plus résistant et le plus dur.Un projectile de 30,5 cm pénètre dans une plaque de blindage d'1 mètre d'épaisseur et pour les obus de 38,1 cm, les plaques d'acier de 1,30 m n'offrent plus guère de sécurité. Pour l'éjection du projectile, seuls 17% environ de l'énergie développée par l'explosion de la poudre sont utilisés. La force d'un projectile de 38,1 cm quittant le tube équivaut à la force d'un bloc d'un vérin d'un barrage qui s'écrase sur le sol depuis une hauteur de 5 m avec un poids énorme de 120 000 quintaux. (Avec un projectile de 10,5 cm, le poids du vérin devrait encore être de 2540 quintaux).


L'obus d'un canon de 35,5 cm pèse environ 12 quintaux et nécessite une charge de 5 quintaux de poudre. Lorsqu'il quitte le canon, l'obus a une énergie initiale environ trois fois supérieure à la puissance d'un train express de six voitures parcourant 90 km, et à une distance de 5 km, la puissance de ce projectile est deux fois supérieure à celle de ce train. .Les vitesses des obus ont augmenté de manière si significative, qu'elles peuvent parfois atteindre des vitesses de 1000 m par seconde et plus. Comme la vitesse du son n'est que de 300 m par seconde, il arrive que le projectile qui touche sa cible ne soit généralement pas entendu, ou, comme on a coutume de le dire, que l'obus que l'on entend ne touche pas.L'explosion de la poudre dans le tube produit des degrés de chaleur qui atteignent le double du point de fusion de l'acier (acier 1400°, combustion de nitroglycérine 2800°). Comme, en plus de la chaleur intense, une pression énorme est générée dans les tubes, ceux-ci n'ont qu'une durée de vie limitée, d'autant plus courte que les tubes sont longs et que leur calibre est élevé.La capacité d'utilisation des canons de l'artillerie de campagne doit être d'environ 6000 coups et, pour les calibres les plus lourds, elle reste à 100 coups. Heureusement, il s'est avéré au cours de cette guerre que la qualité de l'acier de Krupp permettait aux canons de tenir bien plus longtemps et que nous étions supérieurs aux Anglais et aux Français en ce qui concerne la qualité du matériel d'artillerie.


Enfin, les coûts ne sont pas négligeables non plus. La fabrication des projectiles se situe, pour les pièces de campagne, entre 25 et 50 Marks. la pièce et augmente rapidement pour les calibres plus importants, pour atteindre des prix qui, avec 5000 à 8000 Marks. le coup, constituent une œuvre de destruction coûteuse.


A titre de comparaison pour la valeur des pièces elles-mêmes, on peut indiquer qu'une pièce française de 7,5 cm coûte environ 15000 francs. et qu'une batterie de quatre pièces, avec tout ce qu'elle comporte de voitures, représente un capital de 150000 francs.
Le coût de la dernière offensive française, rien qu'en matériel d'artillerie, peut être estimé à plusieurs milliards.

Source : Kriegs-Zeitung, 20 octobre 1915.
Traduit de l'allemand par Claude Herrgott.