La Vie Des Allemands Dans Un Camp En Champagne (1)

Nous avons récemment discuté avec un groupe de camarades du fait que quelqu'un qui en aurait le temps et l'envie pourrait se promener dans les tranchées tout au long de notre front, de la mer du Nord à la Suisse. Une personne a dit que cela n'était pas possible, qu'un tel voyage serait trop monotone et ennuyeux. Mais cela s’est heurté à une forte opposition de la part de tous. Chacun était d'avis qu'une promenade le long du front, ou plus exactement à travers le front, devait offrir une richesse de variété et des images toujours nouvelles, malgré le retour régulier des impressions de base.


Cela pourrait aussi à juste titre s’appliquer à une promenade à travers les camps derrière le front. Vous pouvez les visiter les uns après les autres et âtre étonné et surpris de trouver toujours de nouveaux détails et des impressions inédites. Chaque camp a pour ainsi dire sa touche personnelle. La raison en est peut-être que les différents camps lors de leur construction et de leur aménagement, les unités ne se font pas fait trop prier par les instances supérieures de commandement. Ceux-ci se contentent de veiller à ce que les principaux aspects militaires et sanitaires soient respectés, sans pour autant réglementer et prescrire inutilement. Cela laisse une large marge aux goûts et aux passe-temps des troupes, ce qui se reflète le plus clairement dans la conception des camps. Avec une grande compréhension des divers besoins du soldat, tant physiques que mentaux, des créations ont été créées ici, souvent inoffensives en tant que lieux d'intérêt.

Outre l’aspect militaire de la question, on pourrait réaliser un long ouvrage sur l’étude de ces camps, par exemple sur l'histoire culturelle de la guerre des tranchées ou de l'art domestique sur le terrain. Car, curieusement, alors que la guerre devait détruire les ombres sur et derrière le front, elle a créé, au cours de sa longue durée, de nouveaux foyers de soldats jusqu'alors inconnus dans ces camps. Et, pour utiliser une comparaison, pas d'immeubles schématiques ennuyeux, mais des "propriétés" au caractère strictement personnel. Cela ne semble pas être le cas des Français.Nos pilotes signalent qu'il y a de vastes zones derrière le front ennemi des casernes étalées qui indiquent un hébergement de masse. Mais dans notre cas, la maison et la cabane individuelles confèrent aux camps leur caractère particulier. Cette observation est également cohérente avec le fait que dans les représentations de guerre françaises et anglaises, il manque des images de camps similaires à ceux que nous avons, à part peut-être des représentations occasionnelles de camps individuels.



Cela a également fait ses preuves sur notre front lors des jours difficiles, ce que souligne particulièrement Son Altesse Royale au Prince Oskar de Prusse dans sa brochure sur la bataille d'hiver de Champagne. Il dit par exemple : « L'immobilité, les 'honneurs impeccables, la « préhension » et le « pas lent » ont créé les conditions de base pour que nous puissions écraser la mobilité et l'enthousiasme des français avec une violence de fer. » Et plus loin, où l'on parle de la 1ère Brigade d'infanterie de la Garde, qui a acquis une renommée particulière lors de la bataille de la colline 196 : « "Mais elle n'a pas dédaigné non plus, chaque fois qu'on l'a retirée des tranchées pour la mettre au repos, de s'exercer au garde-à-vous dès le premier jour, et même, pendant le combat, de faire des "prises" dans des endroits protégés et de s'exercer à la "position" et à la "tenue".


Je pense que ces faits parlent d'eux-mêmes et qu'il n'y aura probablement plus personne maintenant qui aura la prétention de trouver ridicule un tel procédé". Ces paroles devraient être prises en compte en particulier par ceux qui pensent qu'il y a beaucoup trop de "mouvement" dans le camp.Parmi les camps, les plus originaux sont ceux qui sont installés à l'extérieur des localités et des fermes, derrière les positions. On les trouve partout où des pentes de montagne couvertes ou des cours d'eau boisés se prêtent particulièrement bien à l'installation d'une grande troupe, et ce pour deux raisons : le terrain offre une couverture suffisante contre les tirs d'artillerie et l'observation aérienne, et il y a de l'eau. En Champagne, où l'eau est rare, ce dernier point de vue entre particulièrement en ligne de compte. On se souvient alors souvent de la célèbre parole de l'historien romain Tacite, selon laquelle la "terre" est une "terre d'abondance". Les Allemands s'installent principalement là "ubi fons aut nemus placuit, où une source ou un bosquet leur plaît".

Ce mot est redevenu une réalité pour les camps.Pour être complet, il faudrait toutefois ajouter "ou une crête", car c'est précisément sur ces crêtes, et plus particulièrement sur les versants d'une telle crête opposés à l'ennemi, qu'un certain nombre d'excellents camps ont vu le jour dans notre secteur militaire. Nos deux photos du camp montrent l'intérieur de la forêt de ce camp, où les bâtiments en bois pour les hommes et les chevaux sont construits en colonies le long de chemins bien entretenus. L'aménagement sympathique du terrain avec des passerelles et des balustrades décoratives, comme nous le trouvons d'ailleurs dans tous les camps, laisserait plutôt penser, derrière les images, à un petit parc de cure plutôt que l'entrée d'un camp de troupes. - Les camps qui, comme le montrent les illustrations de "Schwarzenberg" et "Kaiser-treu", sont construits en terrasses le long de la pente et dans le terrain montagneux, contrastent vivement avec cette forêt idyllique.

C'est un vrai paysage de champagne ! Entre les pins clairsemés, le sol de craie blanche, creusé de larges sillons et d'ondulations, se dessine et scintille de partout. Ces camps ont quelque chose d'accidenté, de déchiré, leur aspect extérieur s'adapte à l'ambiance du paysage, il ne trahit pas le fait que ces étranges "jardins flottants" abritent eux aussi de paisibles abris. On notera seulement que les camps de montagne jouissent naturellement de l'avantage particulier d'un air frais et sain et d'une vue imprenable sur le paysage. 


Source : Champagne Kriegs-Zeitung, 25 septembre 1915Traduit de l'allemand par Claude Herrgott