Les Allemands  Surpris Par La Nomination De Joffre

Les Allemands  surpris par la nomination de Joffre
Le général Joffre a été nommé "commandant en chef de toutes les armées de France". Il est significatif, dans un pays à gouvernement démocratique et parlementaire, que cette mesure militaire ait provoqué une violente émotion dans l'opinion publique et suscité au Parlement des questions et des discussions qui ont ébranlé la position du ministère Briand. La promotion de Joffre, se dit-on là-bas, doit avoir une raison grave ; pourquoi donc le Conseil des ministres prend-il de lui-même une décision aussi importante sans consulter au préalable le Parlement, qui est pourtant théoriquement le détenteur du pouvoir d'État ?Et quelle était la raison de cette nomination ? C'est ce qu'un député de la Chambre a voulu obtenir de Briand, mais ce dernier a refusé de le faire, en expliquant que ce n'était pas le moment de donner des explications publiques sur des événements internes. Une partie des membres de la Chambre se sentit ainsi mise à l'écart en tant que représentants du peuple français, des attaques furent lancées contre Briand, celui-ci s'excita et menaça de poser la question de confiance. Finalement, on s'est calmé, mais les auteurs de la question n'ont pas obtenu d'éclaircissements. Deux points de vue s'affrontent sur la véritable raison de la nomination de Joffre. Les uns estiment que toute l'affaire est fondamentalement dirigée contre l'Angleterre et ses tentatives d'obtenir la suprématie militaire dans la quadruple alliance grâce à la personnalité de Kitchener.


On craint en France que l'Angleterre, se rendant compte de l'inutilité de l'aventure balkanique, veuille abandonner Salonique et envoyer ses troupes, bien sûr principalement françaises, en Égypte pour protéger le canal de Suez ; C'est pourquoi le Conseil des ministres français, qui voulait au moins sauver l'honneur dans les Balkans, a nommé commandant en chef des troupes françaises un homme qui, par son seul nom, inspirerait respect et retenue à ses alliés et qui équilibrerait l'influence de Kitchener par le poids de sa personnalité. Si ce point de vue est exact, la nomination de Joffre représente également une tentative du gouvernement français de résoudre le conflit dans le camp des Quatre Alliances, si les opérations des Alliés doivent être placées sous une direction unifiée et à quel État doit être confié cette gestion pour trancher en faveur de la France.


L'autre opinion est que Joffre devrait être marginalisé par sa promotion en raison de l'échec de la grande offensive de septembre. En l'élevant au rang de commandant en chef sur tous les théâtres de guerre, ils voulaient lui retirer la direction du front français. Ce dernier semble avoir été confié au général Castelnau, officiellement nommé chef d'état-major de Joffre. Cela signifie une victoire de Castelnau sur son concurrent, le général Foch, très populaire auprès des troupes, et qu'il aurait dû avant tout à son amitié personnelle avec Poincaré - malgré son orientation conservatrice-royaliste. Une sorte de lutte a dû avoir lieu dans le giron du gouvernement, comme le montre l'attitude extrêmement nerveuse des censeurs de la presse française, qui ont fait un travail remarquable : un journal parisien a annoncé la nomination de Castelnau quelques jours avant l'annonce officielle. La censure a supprimé le message, à l'endroit où apparaît désormais un espace blanc, mais a laissé la note biographique avec son nom ! Castelnau aurait d'ailleurs dirigé la section en Champagne lors de l'offensive de septembre.

Premier emprunt de guerre
La France a émis son premier emprunt de guerre. Les chiffres sur le résultat n'ont pas encore été révélés, mais les souscriptions auraient atteint un montant assez important.
Ce qui est significatif de la situation financière difficile de la France, c'est qu'avec un intérêt à 5 % d'intérêt à un prix de seulement 88 Francs ce qui, compte tenu de la possibilité d'effectuer le dépôt par la restitution d'obligations plus anciennes et d'obligations de défense nationale, n'est en réalité que de 86. % . Le taux d'intérêt est donc de 5,81. Puisque l'obligation doit être remboursée à sa valeur nominale après 10 ans, ce qui signifie que l'État doit encore lever 14 % pendant cette période, son argent lui coûte en réalité 7,21 % ! En revanche, il convient de rappeler que le Reich allemand ne doit payer en moyenne que 5 % d’intérêts sur ses quatre obligations selon le même calcul. À leur manière enfantine et illusoire, les Français appellent ce lien leur « lien de victoire ! »
En contre-partie amusante, un journal parisien raconte à ses lecteurs qu'à Berlin, le nouveau casque allemand à pointe amovible est qualifié de « casque de la défaite » !