Les rations de vivres de nos soldats

Dans les opérations de détail d'abord, d'ensemble ensuite, qui se sont succédé depuis le début de la campagne, un grand nombre d'unités a passé nos frontières. Ces troupes-là, qui marchent et qui se battent, comment les nourrissons-nous ? C'est une question que toutes les familles se posent. A cette question, voici la réponse :

On sait d'abord que tous les hommes portent sur eux un jour de vivres : ce sont les vivres de réserve. Mais on ne doit toucher à ces réserves qu'en cas d'absolue nécessité, quand il n'y a rien d'autre à manger. c'est la suprême ressource en cas de ravitaillement impossible.

Ces vivres comprennent 300 grammes de pain de guerre, c'est-à-dire d'un biscuit de fabrication très soignée, 300 grammes de viande de conserve, 50 grammes de potage condensé, 36 grammes de café et 80 grammes de sucre, plus, pour 16 hommes, in litre d'eau de vie. Ce n'est pas, comme on le voit, un gros repas. C'est le coup de fouet qui réveille, qui entraîne.

Les vivres de réserve étant exclusivement destinés à cet emploi, comment s'opère le ravitaillement journalier de nos soldats ? D'abord par la distribution qui se fait chaque jour, pour le lendemain. 

Le jour de vivres comprend 700 grammes de pain, 100 grammes de riz ou de haricots, 24 grammes de café, 32 grammes de sucre, le lard, le sel et enfin 500 grammes de viande fraîche ou 300 grammes de viande de conserve avec 50 grammes de purée de légumes pour faire la soupe.

En outre, les hommes reçoivent toujours, sauf impossibilité, les vivres dits d'ordinaire, c'es-à-dire achetés directement par les capitaines commandants : pommes de terre, choux, carottes, assaisonnements divers, quelquefois vin, etc.

Voilà l'élément quotidien de l'alimentation du soldat. Comment cet élément se constitue-t-il ? En d'autres termes, comment sont remplacés, dans lze régiment, les vivres distribués aux soldats ? Comment se fait le ravitaillement des unités ?

Ce ravitaillement se fait par le chemin de fer. C'est là un mécanisme compliqué puisqu'il s'agit de retrouver chaque jour des régiments qui changent de place. Pour résoudre ce problème, on a recours à la désignation journalière d'une gare de ravitaillement par corps d'armée. A cette gare, les trains régimentaires, c'est-à-dire les voitures attelées, se rendent chaque jour. Elles emportent deux jours de vivres, sur lesquels se fait la distribution journalière qui a été décrite plus haut. Comme il y a deux jours de vivres, il en reste un à distribuer, pendant que l'autre se renouvelle. Mais une difficulté peut surgir : l'interruption ou l'absence de voies ferrées. Dans ce cas, les convois automobiles remplacent le train. Autre difficulté à envisager pour une raison ou pour une autre, le chemin de fer ou les automobiles n'arrivent pas jusqu'aux troupes : dans ce cas on a recours aux réserves de vivres du corps d'armée ou d'armée.


Ces réserves-là comportent quatre jours de vivres. C'est sur elles, dans l'hypothèse dont il s'agit, qu'on prélève pour les distribuer aux trains réglementaires, les deux jours de vivres des régiments. Ces réserves de corps d'armée ou d'armée s'appellent convois administratifs. Tout cela, c'est le mécanisme de transmission. D'où proviennent les vivres ainsi transmis ?

Il y a d'abord de vastes entrepôts, les stations magasins, gigantesques manutentions placées à des centres importants du réseau ferré. On y fabrique chaque jour, des centaines de mille de rations de pain; on y accumule la farine, le riz, les haricots, le café, le sucre, l'avoine, le matériel de toute sorte. Les stations-magasins ne sont pas remplies d'avance. Elles possèdent un approvisionnement de quelques jours dès le temps de paix. A dater de la mobilisation, elles reçoivent quotidiennement des denrées de toute espèce qu'on leur envoie de tous les coins de France. Ces denrées sont recueillies par des commissions de ravitaillement, sur tout le territoire national, suivant un plan préparé d'avance.

Reste la viande, base de l'alimentation du soldat. La viande ne peut être approvisionnée qu'à l'état de troupeau. Ces troupeaux sont achetés sur place dans les régions riches en bétail et réunis à quelque distance en arrière du corps d'armée pour ne pas encombrer les troupes. Les troupeaux peuvent ainsi se reposer avant d'être abattus, ce qui permet de fournir de la viande très saine dans les meilleures conditions. Les viandes abattues sont envoyées au corps d'armée dans les autobus de la ville de Paris. La consommation journalière d'un corps d'armées est de 120 bêtes. 

En un mot, le soldat reçoit par les moyens ci-dessus indiqués, les produits du sol national achetés, transformés et transportés par l'autorité militaire. Depuis le début de la campagne, le service du ravitaillement a irréprochablement fonctionné. Nos troupes n'ont pa ses à recourir aux vivres de réserve.  Elles ont été bien nourries sur les divers théâtres d'opération.

Voir aussi : Réglementation de la restauration dans l'armée allemande.

Bulletin des Armées de la République, 26 août 1914.